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Dakar : la statue de l’Afrique, le président, ses droits d’auteur

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La Renaissance africaine attendra. Plus élevée que la statue de la Liberté, à New York, la sculpture installée sur les hauteurs de Dakar, la capitale du Sénégal, représente un Africain au torse musclé tenant sur son bras un bébé qui pointe le doigt vers le large avec, en arrière-plan, la mère, vêtue d’une sorte de tunique grecque qui flotte au vent.

L’inauguration du monument, prévue le 12 décembre, se voulait grandiose. Le chef de l’Etat, le président Abdoulaye Wade, avait imaginé une cérémonie qui aurait réuni, le temps d’une vidéoconférence transcontinentale, le président Barack Obama et Nicolas Sarkozy. Les invités du président sénégalais devaient suivre la rencontre au sommet.

La défection des présidents français et américain a eu raison de la cérémonie repoussée

 au 4 avril 2010 – date à laquelle le Sénégal célébrera le 50e anniversaire de son indépendance – et des ambitions revues à la baisse.

Le report de l’inauguration n’est pas le seul déboire dont a pâti l’oeuvre. Depuis des semaines, La Renaissance africaine fait la « une » de la presse locale et alimente les critiques de l’opposition.

Le fait que la sculpture de métal a été construite par de la main-d’oeuvre nord-coréenne est sévèrement jugé. Son coût élevé – l’équivalent d’une vingtaine de millions d’euros – pour un pays aux finances publiques délabrées est également mal vu.

Mais c’est le rôle du président Wade dans La Renaissance africaine qui suscite les débats les plus enflammés. Car c’est le chef de l’Etat, âgé de plus de 80 ans, qui a dessiné l’oeuvre controversée tournée vers le grand large. Certains critiquent un monument au style « réaliste socialiste » prononcé.

Dans un télégramme diplomatique publié par Le Canard enchaîné, l’ambassadeur de France, Jean-Christophe Rufin, parlait d’un « projet somptuaire (construit) dans un inimitable style Kim Il-sung« . D’autres déplorent l’absence de dimension religieuse. Quelques-uns, enfin, ont cru découvrir un symbole maçonnique caché dans le trio familial.

« Beaucoup d’argent »

Ce sont surtout les questions d’argent qui alimentent la controverse. Visitant le chantier au cours de l’été, le président Wade avait annoncé que, en tant qu’« auteur du monument, 35 % de ses retombées financières m’appartiendront, et 65 % à l’Etat » – qui a offert le site.

« Cet ouvrage sera visité par des centaines de milliers de touristes venus du monde entier et va générer beaucoup d’argent », a assuré le président Wade avant d’ajouter : « Je suis le propriétaire intellectuel. Je vais créer une fondation de La Renaissance africaine, mon fils (Karim Wade) sera président du conseil d’administration. »

Si quelques Sénégalais défendent le projet et son auteur, la tonalité est, dans l’ensemble, négative. « Avant de construire la tour Eiffel, en France, on avait donné à manger au peuple », résume un habitant de Dakar.

Jean-Pierre Tuquoi(Lemonde)

3 Réponses à “Dakar : la statue de l’Afrique, le président, ses droits d’auteur”

  1. jnj dit :

    M. Wade était, la semaine dernière, en Corée (du Sud, cette fois), dans le cadre du forum Afrique-Corée (la Corée du Sud étant devenue un pays pourvoyeur d’aide au développement). M. Wade y a-t-il obtenu le financement de ce chef-d’oeuvre, qui assurément propulsera le Sénégal a la pointe du développement ? M. Wade est un homme moderne : il a fait sa communication en anglais, bien que Séoul eût mis des interprètes francophones professionnels à sa disposition – un anglais compris de lui seul.

  2. Marie G. dit :

    Le symbole est en effet incroyablement machiste – entre nous, on voit bien plus de femmes que d’hommes portant des enfants dans les rues de Dakar. Et quelle tristesse que le pays d’Ousmane Sow et d’autres grands sculpteurs ait cru bon de faire appel à la Corée du Nord pour ce monument de la Renaissance AFRICAINE.

  3. L.Leuwen dit :

    Non seulement l’oeuvre est très laide, à la soviétique, mais elle révèle, de plus, une inspiration nettement « machiste », avec l’homme au centre, tout en muscles, brandissnt l’enfant et maîtrisant la femme. Afrique est pourtant un nom féminin.

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