De gros nuages menacent l’Afrique

De gros nuages menacent l'Afrique dans Economie afrique_crise

 Avec Jeune Afrique

Les retombées de la crise économique semblaient s’estomper et la relance arriver doucement, mais une seconde secousse touche certaines économies des pays du Nord. L’Afrique redoute cette réplique qui inévitablement arrivera jusqu’à elle.

Les Africains se croyaient tirés ­d’affaire. Les prix des denrées alimentaires et du pétrole, dont les augmentations avaient tant saigné leurs budgets en 2008, avaient reflué. Les cours des matières premières dont regorge le sous-sol africain étaient, eux, repartis à la hausse en 2009, avec des doublements pour le cuivre ou le ­pétrole notamment, ce qui promettait de remettre d’aplomb leurs recettes publiques et leurs balances commerciales.

 

Tant et si bien que Banque mondiale et Fonds monétaire international (FMI) leur promettaient une sortie de crise plus rapide que pour les pays développés. Et même un retour des belles ­années 2000, quand la croissance dépassait en moyenne 5 % sur l’ensemble du continent. Ce n’était peut-être pas suffisant pour atteindre les Objectifs du millénaire et diviser par deux la pauvreté, mais cette cadence était bonne à prendre pour améliorer le sort des déshérités comme de la classe moyenne en Afrique.

 

Hélas, des craquements venus du Nord font redouter qu’une réplique de la crise soit en cours. Dubaï incapable d’honorer ses ­dettes, la Grèce en grand danger de se trouver dans la même situation, l’Espagne pointée du doigt par la spéculation : on est en train de découvrir avec effroi que la dette souveraine des États de la planète a atteint à la fin de 2009 la somme phénoménale de 50 000 milliards de dollars !

 

Branle-bas de combat en faveur des économies. Une fois dépensés les 2 900 milliards de dollars des plans de relance, une fois supprimées les réductions d’impôts, les bonifications de crédit, les subventions à certains produits de consommation comme l’automobile, les pays industrialisés vont devoir se serrer la ceinture s’ils ne veulent pas déclencher une nouvelle récession.

 

Dans le même temps et pour de tout autres raisons, la Chine appuie sur le frein d’une économie en état de surchauffe. Des « bulles » spéculatives gonflent dangereusement à la Bourse de Shanghai, notamment sur les matières premières, en raison d’un crédit trop abondant et distribué sans discernement. L’empire du Milieu a de l’argent en abondance (1 400 milliards de dollars), mais il doit le consacrer à ses infrastructures plutôt qu’à ses exportations, à relever le niveau de vie de ses citoyens plutôt qu’à l’investissement à l’étranger. La Chine devrait donc, elle aussi, se montrer moins entreprenante et moins généreuse dans les mois à venir.

 

Les conséquences de cette prudence en passe de devenir universelle ne vont pas tarder à peser sur l’Afrique. La demande mondiale est en train de faiblir, comme en témoignent les nombreux paramètres (fret maritime, indices d’activité, indices de confiance) qui disent que les échanges internationaux se figent en ce début d’année.

 

Or moins de demande veut dire moins de devises sous forme d’investissements et de recettes d’exportations, moins de salaires, moins de dépenses publiques, moins d’écoles, moins de routes, moins d’hôpitaux, etc.

 

Un autre danger pointe. La crise de la dette devrait généraliser d’ici à la fin de 2010 le relèvement des taux d’intérêt. Cette hausse rendra plus coûteux les prêts destinés au développement et réduira d’autant les budgets des États africains.

 

Autrement dit, l’économie mondiale est en train d’amorcer ce que les experts appellent une courbe en « W », c’est-à-dire qu’une petite rechute va succéder à la belle reprise de 2009. Les marchés boursiers et ceux des matières premières ont senti venir cette mauvaise passe et sont tous en chute depuis le début de l’année.

 

Combien de temps pourrait durer cette potion amère ? Quelques mois en principe, si un vent de panique ne se met pas à souffler sur le monde. Qui en souffrirait le plus ? Les États les plus endettés et les pays les plus dépendants du commerce international. Même les plus pauvres, qui ne sont pour rien dans la récession, vont devoir se serrer la ceinture. Et c’est parfaitement injuste.

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