Basketball sénégalais : Droit dans le mur ?

Alors que 2013 est une année charnière pour la balle orange, deux Afrobasket séniors, deux championnats du monde U19, les jeux de la francophonie. Le maigre budget de 170 millions alloués au basket est synonyme d’échec avant l’heure. 

Où va le basketball sénégalais ? Telle est la question qu’il est permis de se poser à l’heure ou la fédération sénégalaise de basket (Fssb) se dirige vers de grandes compétitions. En effet, si sur le parquet les Lions rassurent et iront défendre les couleurs de la nation à l’Afrobasket (Hommes et Dames), aux championnats du monde U19 (garçons et filles) et aux jeux de la francophonie, dans les coulisses la donne s’avère bien différente. A tel point qu’une non-participation à ses joutes, avant même de penser à gagner, menace.

En cause,  les 170 millions de Fcfa alloués par le ministère des sports au basket pour les différentes compétitions internationales. Le principal mécontentement exprimé par le président de la Fsbb, c’est l’arbitrage budgétaire et cette somme dérisoire attribué à la fédé pour préparer les différentes épreuves. « On va aller à toutes ce compétitions avec 170 millions. Ce n’est pas sérieux. Jamais une équipe nationale n’est partie en compétition avec moins de 100 millions » réagit Baba Tandian sur les ondes de Zik Fm. Avant d’ajouter « ce que je trouve choquant c’est que n’avons pas été consulté avant de faire cet arbitrage.»

Entre les lignes, difficile de ne pas y voir une critique de l’attitude du ministre des sports Mbagnik Ndiaye et, plus encore, de son incompétence à traiter avec égards les sports qui valent souvent des satisfactions au pays. Un problème pas du tout niveau cependant, puisque le basketball fait partie de ses sports à satisfactions qui viennent après le football. Au Sénégal en matière de gestion de sport, le football est roi. Tout ministre qui s’installe à beau refuser le sobriquet « de ministre du foot », mais la réalité traduit cet état de fait.

Le basket vaut 18 titres, le football…

 

Sauf que maintenant, il y’a de quoi se lasser de cette politique. En effet, quel sport collectif au Sénégal peut se targuer de posséder 18 sacres continentaux, sans compter les multiples médailles, depuis tant d’années? Surtout que comme Baba Tandian le précise, « on ne peut pas augmenter le budget du ministère des sports (0,4%) et donner au basket la moitié de ce qu’elle recevait dans le passé ».

Pourtant les critères qui ont prévalu pour cet arbitrage budgétaire ont été entre autres, la défense ou la conquête d’un titre, la performance réalisée et le type de niveau de compétition. Mais n’en déplaise à Tandian et aux autres sports, le football s’est encore payé la part du Lion. Le football est reparti avec ses 300 millions alors que la Fédé de foot avait besoin de 1.350.000.000 ; contre 170 millions sur les 800 demandés par la Fsbb.

De quoi irriter Baba Tandian soutenu par Mamadou Diagna Ndiaye qui dit comprendre la frustration du président de la Fsbb par rapport à la somme dérisoire accordée au basket qui doit s’engager dans quatre compétitions au moins.

Mais si nous regardons le rétroviseur, on constate qu’au pays de la « Téranga », il n’y a que le football ajoutons-y maintenant la « traque des biens mal acquis » au sommet de l’Etat. Rappelons-nous cette fameuse phrase d’El Hadj Malick Gackou, prédécesseur de l’actuel ministre des ports « Quand le football va, le pays va. Et quand le football ne va pas, le pays ne va pas ».  Aussi, il ne manquait pas de souligner « Malgré les centaines de millions injectées, le foot ne donne pas de satisfaction.»

« Si l’argent qui nous reste ne supportera qu’une compétition, on déclarera forfait pour les autres »

La situation du basket évolue.  En a croire le président de la Fsbb, il y’a une carte à jouer en terre Ivoirienne cet été.  « Une vingtaine de joueurs qui évoluent à l’étranger veulent enfiler le maillot du Sénégal pour aller chercher un nouveau titre. C’est le moment d’aller conquérir un titre que nous n’avons pas eu depuis 17 ans. Au préalable, il faut des moyens et une bonne préparation» dit-il.  Comprenez par-là que la fédé veut une préparation idoine entre autre augmenter l’indemnité journalière des joueurs lorsqu’ils se trouvent à disposition de l’équipe nationale, ainsi que les primes de résultats.  Une revendication légitime, même si elle agite toujours ce vieux débat sur le bien-fondé de payer des sportifs censés être honorés de pouvoir jouer sous le maillot national. Mais aujourd’hui, la question d’une telle rémunération est définitivement ancrée dans les mœurs et ne se pose plus. Et lorsqu’on prend connaissance du per diem journalier des Lions (de l’ordre a priori de 3000 Fcfa), quasi dérisoire en comparaison de ceux, toutes proportions gardées, des footballeurs, il y a de quoi sourire… jaune.

Alors le basket sénégalais va-t-il droit dans le mur en raison, comble de l’ironie, de ses bons résultats ? Baba Tandian en tout cas le craint fortement : « Sur le montant alloué, on nous demande de sortir le salaire des entraîneurs. Nous le ferons, puisque nous n’allons pas les porter préjudices. Après si l’argent qui nous reste ne supportera qu’une compétition, on déclarera forfait pour les autres. L’entraineur de l’équipe nationale de football à lui tout seul 170 millions par an… Dans le budget on a oublié les cadets. Ce n’est pas en faisant fi des compétitions de petites catégories que l’on va développer notre basket. » Car au-delà, c’est de reconquête de la place de n°1 qu’il s’agit au moment où la Côte d’Ivoire à un budget de 1,2 milliards. Toujours est-il si les fédéraux affichent leur ambition, cette situation risque de peser sur le sportif en fin de compte.

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