Me Augustin Senghor: Chronique d’un maitre looser

Plus que les quarts de finales, c’était l’honneur d’une génération et d’un peuple qui était en jeu ce mardi. Mais cela ne suffisait apparemment pas à briser le charme, à sortir des phases de poules, que nous ne dépassons plus depuis 2006. La porte se referme devant tout un peuple, et devant Saint « Augustin » Senghor qui a du mal à réussir depuis sa prise de destinée du football local.

 

Le calice jusqu’à la lie. Cette expression résume parfaitement la nouvelle désillusion du Sénégal en terre Equato Guinéenne.  Quelle honte, quelle humiliation ! Mardi, à Malabo, le « Lion » a été métamorphosé en « Chat ». Après les Bata 2102, les jeunots ont également coulé à pic à Malabo, prolongeant le cauchemar de toute une nation, cristallisant les doutes, les inquiétudes autour du rêve des contemporains de voir un jour le Sénégal brandir une CAN.  La manière dont les Lions ont étalé leur impuissance pour leur dernière sortie face à l’Algérie, le sentiment d’impuissance qui les a accompagnés durant toute la rencontre suffit à ressusciter les fantômes de 2012, les spectres de l’angoisse. Face aux troupes de Christian Gourcuff, ceux d’Alain Giresse  se sont faits tout petits.

Au-delà d’un manque de réussite flagrant, l’échec va de nouveau rejaillir sur la personne de « Gigi », premier responsable du fiasco algérien. Le sélectionneur a refusé de se prononcer sur son avenir et celui du groupe. On assume comme on peut…

Certes, les joueurs ont une part importante de responsabilité dans cette énième tempête nationale comme acteur. Mais le sélectionneur, vaincu dans tous les sens du terme, est le premier responsable.  Pas que lui, puisque le président de la fédération sénégalaise de football  devra cette fois-ci assumer sa part de responsabilité dans ces échecs qui n’en finissent plus.

Départ du voyage en enfer

Combien de temps Augustin va-t-il pouvoir tenir dans ce bourbier médiatique et sportif ?  La condamnation du Sénégal en enfer a été datée le 30 aout 2009, quand Augustin Senghor est élu président de la Fsf. Après la grosse déprime vécu par le football local (mise en place d’un comité de normalisation du football après la double échec aux éliminatoires de la coupe du monde et de la CAN) le maire de Gorée et président de l’équipe de l’ile a la lourde tâche de remettre à l’endroit une discipline spécialement prisé des sénégalais.

Sa première décision, entérinée en décembre 2009, est la nomination d’Amara Traoré à la tête de l’équipe nationale.  L’entraineur de la Linguère est accompagné de sa tâche par Abdoulaye Sarr et Mayacine Mar.  Une nouvelle vague talentueuse est arrivée , le Sénégal semble enfin se reconstruire après cette période de disette et espère former une équipe talentueuse en vue des CAN 2012 et 2014 et de la Coupe du monde de football de 2014.  Le Sénégal débute une bonne année 2010 sous l’ère Traoré qui compte 6 victoires et 1 défaite. Mieux, l’équipe de Amara termine en première position de son groupe devant le Cameroun et la Rdc avec 16 points sur 18 possibles avec seulement 2 buts encaissés.

L’échec de Bata

A la  Coupe d’Afrique, le  Sénégal fait logiquement partie des favoris pour aller le plus loin possible dans cette compétition tout en comptant dans ses rangs les meilleurs attaquants du continent : Moussa Sow (Meilleur buteur de la Ligue 1 2010/2011), Papiss Cissé (Second Meilleur buteur de la Bundesliga 2010/2011), Mamadou Niang, Demba Ba (17 buts au début de la saison 2012-13, Issiar Dia (Champion de Turquie en 2011) mais aussi des rocks défensifs tel que Cheikh M’Bengue, Souleymane Diawara, Kader Mangane, Lamine Gassama, le néo-lion Armand Traoré très bon dans ses débuts en équipe nationale.

Quoi que dans une poule composée de la Zambie, de la Lybie et de la Guinée Equatoriale, les Lions  essuient leur plus grosse déroute dans une phase finale de Can. Les protégés d’Amara Traoré ont été sortis dès le premier tour avec trois défaites consécutives. Un affront qui a brisé l’élan des Lions. Dans la foulée, l’entraîneur national, Amara Traoré qui avait prolongé son contrat de deux ans, peu avant cette compétition, a été limogée. Un licenciement qui a fait couler beaucoup d’encre et de salives. Amara a poursuit la fédé pour licenciement abusif et gagne le procès. La fédé donne ensuite l’intérim à Karim Séga Diouf et Aliou Cissé pour un match amical en Afrique du Sud.

Une nouvelle page  avec la prise de pouvoir des U23, quart de finaliste des JO de Londres. Augustin Senghor  cherche un remplaçant à Amara Traoré.  Bruno Metsu, l’ancien coach des Lions de la belle épopée 2002 et Pierre Lechantre sont retenus parmi la liste pléthorique de candidat. Le second sera l’heureux.  Alors qu’il ne restait plus qu’une signature pour que le technicien français ne rejoigne le banc des Lions, Lechantre fait un faux bond de dernière minute et continue avec son club qatari. La goutte d’eau de trop. L’incapacité de la Fsf est décrié à-tout-va. Augustin Senghor, le président subit les critiques les plus acerbes. La fédé n’a pas le choix: il confirme Joseph Koto, désigné en premier temps comme adjoint de Lechantre, intérimaire. Avant qu’il ne soit conforté comme titulaire sur le banc des Lions.

« Le problème du football sénégalais  après analyse de la situation c’est moi Augustin Senghor » Malick Gackou

La guigne ne veut décidément pas lâcher Augustin. La Caf effectue le tirage au sort des éliminatoires de la Can 2013, la première des années impaires, et le Sénégal hérite de la meilleure équipe d’Afrique, la Côte d’Ivoire. La suite est  chaotique. Les Lions sont battus à l’aller (4-2) à Abidjan, mais entretiennent un grand espoir pour le retour, malgré le grand écart de deux buts à remonter. Le 13 octobre 2012, le peuple est tout excité et croit au miracle devant Drogba et cie. Mais au lieu d’un miracle c’est un fiasco qu’on assiste ce jour-là. Après avoir été mené 2-0 par les Ivoiriens, les supporters sénégalais se déchainent et déverse toute leur colère. Le match est arrêté suite à des incidents. Une pierre atterrit sur le crâne du ministre des sports à l’époque El Hadji Malick Gackou et le blesse. La partie ne reprendra plus. Le chef de l’État Macky Sall, qui se trouvait à Abidjan dans une réunion, présente publiquement ses excuses auprès de son homologue ivoirien, Alassane Ouattara. Le lendemain des incidents, le premier ministre Abdoul Mbaye convoque le président de la FSF et lui demande de démissionner. Niet, répond Me Augustin Senghor qui accuse le PM de vouloir faire tomber la fsf.

Quelques heures après ces accusations et contre accusations Malick Gackou va faire une étonnante révélation : « Le président de la fédération sénégalaise de football a annoncé au Premier Ministre (P.M) Abdoul Mbaye, que Le problème du football sénégalais  après analyse de la situation ce n’était pas Koto mais plutôt lui Augustin Senghor.  A la suite de cette déclaration, il a proposé au PM  sa démission. Dans le chaud de la situation, M. Abdoul Mbaye lui a demandé de réfléchir à la question. Surprise on se réveille et on entend de tout part des accusations venant de lui. »

 

 

Après le licenciement  du staff technique, quelques fédéraux ont décidé de quitter volontairement l’instance fédérale.  En effet Cheikh Seck, Moussa Diaw Dieng et Ibou Traoré ont démissionné de leur poste.  Des départs qui se joignent à celui de Louis Lamotte, président de la ligue pro.

« ST » Augustin « n’a pas de chance »

Contre vents et marées, Saint Augustin, en compagnie de quelques de ses boucliers (Amadou Kane, Gaston Mbengue) s’accroche à la chute de la citadelle. Le 9 janvier 2013, il nomme  Alain Giresse à la tête du Sénégal, sous la supervision du nouveau ministre Mbagnik Ndiaye. L’objectif assigné à ce Giresse est de qualifier la sélection pour le Mondial 2014 (Brésil) et la CAN 2015 (Maroc). Le français échoue pour le premier en étant éliminé de justesse par la Côte d’Ivoire, encore. Le deuxième objectif est bien atteint. Mais l’homme d’Augustin en se mettant à dos presqu’une bonne partie de la presse sans oublier querelles avec quelques joueurs dont Demba Bâ, ne parviendra pas à sortir le Sénégal de a poule C.  Et ce malgré un succès inaugural obtenu face au Ghana.

Une élimination qui fait désordre au Sénégal, et qui a laissé éclater au grand jour les tensions entre le sélectionneur Alain Giresse et certains journalistes, qui l’ont invectivé en conférence de presse.  Les semaines qui s’annoncent vont être décisives. Sans nul doute l’entraineur va partir, puisqu’il est arrivé en fin de contrat.  (Heureusement pour le contribuable sénégalais !) Mais cette fois-ci Augustin Senghor, qui rempile pour un deuxième mandat depuis le 24 août 2014, devrait assumer une bonne fois son incapacité à faire gagner le Sénégal, malgré les millions mis dans la discipline.

« Je dis qu’il ne faut pas porter la poisse au football sénégalais. Quand on n’a pas la chance, il faut savoir partir à temps. Le président de la Fsf n’a pas de chance. » avait pesté encore Gackou à propos de Me Senghor. N’est-ce pas que, c’est qui ressort de la bouche d’El Hadj Diouf, en le traitant souvent de « tocard ».

 

 

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